Archive for juillet 2009

Éducation et instruction dans le monde romain

31 juillet 2009

Par Yann Le Bohec, professeur des universités, professeur d’histoire romaine à l’université Paris 4 Sorbonne, vice-président de la section « Histoire et archéologie des civilisations antiques » du Comité des travaux historiques et scientifiques.

Fruit de la rencontre entre la rigueur romaine héritée du Latium et la créativité grecque issue de l’Attique, la conception romaine de l’éducation marque un sommet dans l’histoire de l’humanité. L’éducation, l’instruction et la morale étaient, pour les Romains, indissociables ; leur dissociation eût paru à tout citoyen bien éduqué littéralement monstrueuse. Si la rencontre du miracle grec a profondément bouleversé le monde romain et contribué à la diffusion de la culture antique dans de larges franges de l’Empire, elle n’en a pas pour autant permis la massification de cette haute culture. Du fait du bilinguisme, de la rareté des textes, et des besoins militaires (armée) et économiques (esclavage) d’une société en permanence contrainte de défendre les marches de son empire, l’éducation reste dans la Rome antique un luxe réservé aux meilleurs (fils de notables, fils de patriciens). La masse de la population vit dans l’illettrisme ; seuls quelques hommes pauvres et quelques esclaves apprennent à lire, écrire et compter, leurs connaissances ayant un but strictement utilitaire. La vraie et grande culture, incluant la connaissance du grec, reste l’apanage des nobles et des grands, pas forcément des riches. La didactique s’appuie sur le commentaire de texte et l’exposé, privilégiant le discours oral. L’enseignement repose sur le maintien d’une discipline assez stricte qui ne recule pas devant le châtiment corporel. Ce qui ne l’empêche pas de demeurer empreint d’une grande liberté ; dans le système éducatif de la Rome antique, personne n’intervient, au moins directement, dans le métier des maîtres, ni les parents, ni les communes, ni l’État, ni aucun autre pouvoir que ce soit.

Téléchargez l’étude complète.

Étude également disponible au format papier, sur demande, au prix de 3 €.

Assouplissement de la carte scolaire ? (2)

29 juillet 2009

En mai dernier, nous évoquions le cas de Myriam qui, en dépit de la volonté affichée par le ministère de l’Éducation nationale d’assouplir la carte scolaire, se voyait refuser une demande de dérogation pour passer de l’académie de Versailles à celle de Paris, alors qu’elle voulait s’inscrire dans un lycée où l’option de son choix était dispensée.

Un nouveau cas a été révélé par La Dépêche du Midi. Morgane, qui rentrera en septembre en sixième, devra aller au collège de Mirepoix, à 14 km de chez elle, alors que celui de Lavelanet, qui n’est pas dans son secteur, est situé à 5 km seulement. Il semble donc bien que, malgré les déclarations officielles en ce sens, la carte scolaire n’ait pas été véritablement assouplie, empêchant un réel libre choix de l’école par les parents.

Roman Bernard

Pourquoi y a-t-il une baisse des inscriptions à l’Université ?

28 juillet 2009

On apprend ce matin que selon l’UNEF, « [l]es « failles » de la procédure d’inscription aux établissements du supérieur, dite « Admission Post-Bac » (APB), sont responsables d’une baisse d’environ 20% du nombre d’inscriptions dans les universités au niveau national ». Pour Jean-Baptiste Prévost, président de la première organisation étudiante, « [c]ette baisse de 20% s’explique par le fait qu’environ 10% des lycéens n’ont pas reçu une proposition d’affectation, que d’autres attendent des réponses des filières sélectives et ont délibérément reporté leur inscription au mois de septembre et enfin que certains ont un problème d’inscription à cause de la procédure APB ».

Ainsi, pour l’UNEF, une baisse d’un cinquième des inscriptions s’expliquerait simplement par les lourdeurs administratives du système universitaire français. Il n’a vraisemblablement pas effleuré l’UNEF que le comportement de certains de ses militants pendant les grèves et les blocages de cette année, le manque de débouchés dû à la massification qu’elle soutient obstinément en refusant toute sélection à l’entrée, en s’opposant à toute augmentation, même raisonnable, des frais de scolarité qui permettrait de revaloriser les études universitaires, avaient pu dissuader les étudiants de choisir l’Université. Ces derniers ont décidé de « voter avec leur pieds ».

Roman Bernard

À suivre, le fil des commentaires sur le site du Figaro.

« Désobéisseurs » : Alain Refalo sanctionné

25 juillet 2009

L’Inspecteur d’académie de la Haute-Garonne Michel Baglan a sanctionné Alain Refalo en abaissant d’un échelon pendant quatre ans le salaire de ce professeur des écoles de Colomiers, près de Toulouse, initiateur du mouvement des « professeurs désobéisseurs » et de la « résistance pédagogique » qui refusent organiser les deux heures d’aide personnalisée pour les élèves en difficulté, une mesure initiée par l’ancien ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos. Cette sanction représente une perte d’au moins 7 000 euros, selon Patrick Jimena, président du Comité de soutien à Alain Refalo. Ce dernier a été sanctionné pour « refus d’obéissance, manquement à l’obligation de réserve, incitation à la désobéissance collective et attaque publique contre un fonctionnaire de l’Education nationale [son inspecteur de circonscription] ». Depuis janvier, Alain Refalo avait déjà été sanctionné de 19 jours de retrait de salaire et d’un refus de promotion.

Universités : l’UNEF plaide malgré elle pour le financement privé

20 juillet 2009

« Selon l’UNEF, 29 universités continuent de réclamer des frais d’inscription indus », peut-on lire sur le site du Monde. En cause, les frais de scolarité supplémentaires demandés par certaines universités aux étudiants, le plus souvent pour financer des formations coûteuses, pour lesquelles la dotation étatique n’est pas suffisante.

Le supplément, réduit dans la plupart des cas, peut parfois atteindre plusieurs milliers d’euros, comme à Grenoble-II. Le premier syndicat étudiant a beau jeu de dénoncer les universités « hors la loi » : la loi ne permet pas, pour l’heure, que les universités fassent véritablement appel au financement privé.

Or, celui-ci serait nécessaire pour que les formations à vocation professionnelle des universités puissent faire jeu égal avec les écoles privées, comme le rappelle l’un des vice-présidents de Grenoble-II, Alain Fernex. Cela est notamment vrai pour les instituts d’administration des entreprises (IAE), en concurrence avec les écoles de commerce privées.

Demander toujours plus de financements publics, tout en refusant obstinément la sélection, comme le fait l’UNEF, n’est pas raisonnable : l’état des finances publiques ne permet pas ce luxe. Une réelle ouverture au financement des universités par le privé, couplée à une introduction de la sélection à l’entrée, permettrait déjà de résoudre une partie du problème.

Au-delà, on peut aussi considérer qu’un étudiant sera d’autant plus motivé à travailler à l’Université que lui, ou sa famille, auront dû s’acquitter de frais d’inscription élevés, sans être exorbitants.

Roman Bernard

Les libéraux et l’enseignement (1815-1830) : un rendez-vous manqué

20 juillet 2009

Par Yves Morel, docteur en histoire, titulaire d’un DEA de Sciences de l’éducation. L’auteur travaille à la délégation académique à la formation du rectorat de Lyon et est chargé de recherche à l’Institut de recherche indépendant pour l’éducation (IRIÉ).

Période haute en réflexion et en prises de position, les dix-huit années qui séparent le retour au pouvoir de Louis XVIII (1815) de l’adoption des lois Guizot sur l’enseignement (1833) vont marquer un tournant décisif dans l’histoire scolaire de la France. Autour de la question de l’école, de ses finalités et des moyens à lui attribuer, trois courants au moins vont se disputer : les libéraux, groupés autour des membres de la Société pour l’instruction élémentaire et des partisans de l’enseignement mutuel ; les conservateurs, groupés autour de Guizot ; les catholiques, groupés autour des légitimistes, des congrégations et du clergé resté fidèle à Rome. Les premiers attendent de l’instruction un progrès général et continu du genre humain, suivant l’idéal de Condorcet. Les seconds, lui assignent pour but principal d’« assurer la salubrité, l’ordre public et le repos de l’avenir ». Les troisièmes, de préserver les droits de la Révélation et la transmission des vérités de la foi en même temps que de la raison et des mœurs. Pour les libéraux, l’État doit assurer reconnaissance juridique, collaboration, soutien logistique et financier, mais sans s’annexer la gestion des établissements d’enseignement, décider de leurs programmes et de leurs méthodes, ou piloter le recrutement de leurs maîtres. Pour les conservateurs au contraire, l’État doit assurer le contrôle et la direction du système éducatif. Pour les légitimistes, l’État peut être utile à l’institution scolaire s’il respecte les droits de l’Église et honore les vérités supérieures de la Révélation. La victoire finale de Guizot ne saurait effacer l’importance de cet affrontement et les enjeux de ces discussions enflammées. Pour une large part, elle explique la forme prise ultérieurement par l’institution scolaire française en même temps que le rapport si singulier que les Français nourrissent depuis lors avec l’école.

Téléchargez l’étude complète.

Étude également disponible au format papier, sur demande, au prix de 3 €.

De la normalité du libre choix de l’école

20 juillet 2009

« Tagué » par le militant Modem L’Hérétique, dans une « chaîne » de blogueurs, SOS Éducation doit formuler une question comme suit : « Est-ce qu’il est normal… ? », à la manière de Nicolas Sarkozy. Je poserai donc tout naturellement la question suivante : est-il normal qu’en France, le libre choix de l’école n’existe pas, en dépit de la volonté affichée par le ministère de l’Éducation nationale d’assouplir la carte scolaire ?

À mon tour de « taguer » Aurélien Véron, Flavius Ætius, Fromage Plus, Lomig, Maxime Zjelinski et René Foulon.

Roman Bernard

Sénatin contre la violence à l’école

17 juillet 2009

Sénatin

Sénatin

Connaissez-vous Sénatin ? Il s’agit du personnage utilisé par le Sénat, sur son site junior, pour présenter la Chambre haute aux enfants. Au hasard du « surfing » sur ce site à la présentation infantile, on peut découvrir cet article du 2 mai 2005 sur la violence à l’école, thème abondamment traité ici ces derniers mois.

On peut dès l’abord s’interroger sur la pertinence de présenter un thème aussi important sur un mode ludique, par un personnage hilare, chaussé de baskets vaguement ressemblantes à des Converse All Star, muni d’une télécommande et coiffé d’un dôme surmonté d’un drapeau tricolore rappelant le Palais du Luxembourg où est sis le Sénat, à Paris. Son sérieux en prend un coup, alors que le Sénat passe plutôt pour une noble institution.

Sénatin, donc, s’interroge pour savoir comment combattre la violence à l’école. Il commence par définir la violence scolaire, ses différents types, parmi lesquels les « actes à caractère raciste, xénophobe » : on est surpris d’apprendre que pour Sénatin, le racisme et la xénophobie sont uniquement « les injures contre les étrangers », alors même qu’elles concernent aussi des enfants français d’origines différentes entre eux.

Sénatin rappelle que le ministère de l’Éducation nationale a recensé, en 2004, 81 000 actes de violence dans les lycées et collèges, ce qui tend à tempérer quelque peu l’optimisme naïf d’une commentatrice de ce blog.

On est rassuré : Sénatin n’est certes pas crédible. Mais il est lucide. C’est au moins la moitié du travail de fait.

Roman Bernard

Pourquoi les enfants n’aiment-ils pas l’école ?

17 juillet 2009

À lire, sur le Core Knowledge Blog, la présentation (en anglais) par Daniel T. Willingham de son ouvrage Why don’t students like school ?. Daniel T. Willingham est professeur de psychologie à l’Université de Virginie (États-Unis).

À lire également, la recension du livre sur le site du Wall Street Journal, dans laquelle on lit que « M. Willingham n’est pas favorable au fait de rendre l’apprentissage « drôle » ou « créatif ». Il préconise l’enseignement de savoirs traditionnels comme la meilleure façon d’améliorer la compréhension écrite et l’esprit critique de l’élève ». Exactement comme SOS Éducation.

L’éducation civique au collège

17 juillet 2009

On dit souvent que l’Éducation nationale n’enseigne aux enfants que leurs droits et pas assez leurs devoirs. En fait, cela dépend beaucoup des professeurs. Mais quand on lit les manuels d’éducation civique, le déséquilibre saute aux yeux.

Le manuel le plus caricatural en la matière est probablement le manuel Magnard de Quatrième, Histoire, Géographie et Éducation civique. La partie éducation civique est subdivisée en cinq sous-parties.

La première enseigne aux élèves toutes les libertés dont ils disposent, en insistant sur la « liberté syndicale », la « liberté de manifestation », le « droit de grève » et surtout, la « liberté d’expression », qui donne lieu à une propagande à peine voilée pour la Ligue des droits de l’homme (LDH) et Amnesty International.

La deuxième partie leur parle de leurs « droits de nature différente ». Elle s’ouvre sur une double page panoramique d’une grève de cheminots, sans qu’on comprenne bien pourquoi. En dehors du droit de vote, il est essentiellement question des « droits sociaux », du « droit au travail » (à ne pas confondre avec le droit du travail), du droit à la « protection sociale », du droit de grève et des syndicats.

La troisième partie, curieusement, s’intitule « les enjeux de l’information ». Mais la question des médias est, elle aussi, traitée sous l’angle des « droits » : le droit d’être informé, le « droit à la liberté d’opinion et d’expression », et… « le droit de surfer tranquille sur Internet ». La propagande politique n’est pas absente non plus de ce chapitre puisque, p.372, l’élève stupéfait peut lire une grande affiche de publicité qui commence par : « Bien sûr, il faut lire Le Monde, mais pourquoi ne pas s’abonner aussi à Marianne ? Non, il ne faut pas boycotter France Inter, mais pourquoi ne pas équilibrer en s’abonnant à Marianne », etc.

La quatrième partie traite de la « Justice ». Mais le contenu est toujours le même : les droits de l’homme, les droits de l’enfant, le droit de contester une décision de justice… Une double page de « débats » est consacrée à la question « Les mineurs doivent-ils être envoyés en prison ? ». Pour ceux qui auraient des doutes, la réponse est évidemment non, d’autant plus que le titre ne parle pas de « mineurs délinquants » mais de mineurs tout court, dont on ne voit pas pourquoi ils devraient être incarcérés… Y est exposé le cas particulièrement édifiant de « Guillaume », un garçon de 14 ans, coupable de tentative d’homicide. Le dialogue entre le procureur et l’éducateur de Guillaume, qui est retranscrit, est surréaliste. D’emblée, le procureur prend la défense de Guillaume : « Le cas de Guillaume est complexe : d’une part, il n’a peut-être pas voulu délibérément tuer cet homme ; d’autre part, nous connaissons les risques liés aux peines de prison prononcées en pareil cas. » Autrement dit, le procureur chargé d’accuser, défend, et souligne, non les risques que Guillaume fait courir à la société mais « les risques liés aux peines de prison ». La réponse de l’éducateur est à l’avenant. Il demande à Guillaume « d’imaginer des solutions pour réparer sa faute ». Celui-ci propose de « passer son brevet de secourisme pour pouvoir, à l’avenir, porter secours à d’éventuelles victimes. » S’il ne s’agissait pas d’un sordide fait divers, le dialogue serait du plus haut comique. Quelle image les élèves peuvent-ils conserver de la Justice, après avoir lu ça ?

La cinquième, et dernière partie, traite des « Droits de l’homme et l’Europe ». Le manuel repasse une énième fois en revue les droits de l’homme, et les droits de l’enfant pour s’arrêter ensuite longuement sur le « droit d’asile et de régularisation des clandestins ». Le chapitre est illustré par une manifestation : « Sans papiers, sans logis, sans emploi, tous ensemble pour les mêmes droits ! » organisée par l’association Droits devant.

On l’aura compris, l’éducation civique n’a donc aucun rapport, même lointain, avec l’enseignement du civisme. Le terme a pourtant été choisi pour entretenir la confusion dans la tête des parents et des grands-parents, qui s’imaginent encore que leurs enfants apprennent, en cours d’éducation civique, le respect des lois et, osons le mot, les vertus civiques.

Vincent Laarman, délégué général de SOS Éducation